ASSEMBLÉE: DJOGBÉNOU ORGANISE UN PARLEMENT SANS OPPOSITION

    À la uneASSEMBLÉE: DJOGBÉNOU ORGANISE UN PARLEMENT SANS OPPOSITION

    À Porto-Novo, l’Assemblée nationale du Bénin ouvre ce 13 mars 2026 un chapitre décisif de la 10e législature : sa première séance plénière post-investiture, sous la présidence de Joseph Fifamè Djogbénou. À l’ordre du jour, un chantier moins spectaculaire que les grands discours, mais déterminant pour les sept années à venir : dessiner l’architecture interne de l’institution — bureaux, commissions permanentes et mécanismes de fonctionnement — dans un Parlement sans opposition représentée.

    La séance, attendue comme un test de méthode, s’inscrit dans une législature au format inédit : un mandat de sept ans. Elle intervient après l’installation des 109 députés le 8 février 2026 au Palais des Gouverneurs, conformément à l’article 147 du Code électoral, et l’élection, le même jour, de M. Djogbénou à l’unanimité, sans abstention ni voix contre.

    Une plénière pour organiser la maison avant d’écrire les lois

    Cette première plénière post-investiture vise à fixer les fondations opérationnelles de l’Assemblée. Dans un Parlement, ces décisions jouent le rôle d’une charpente : elles déterminent qui dirige les travaux, comment les textes circulent, et dans quelles commissions les députés instruisent les dossiers avant les votes en séance.

    Concrètement, les travaux portent sur la mise en place des organes internes, dont les commissions permanentes, pièces maîtresses de l’examen des projets de loi, du suivi de l’action gouvernementale et du contrôle parlementaire. Dans la configuration actuelle, les arbitrages attendus auront un poids encore plus marqué, faute de contrepoids oppositionnel direct dans l’hémicycle.

    Un Parlement monocolore, deux blocs, aucun siège pour l’opposition

    La 10e législature est issue des élections du 11 janvier 2026. Les résultats définitifs, confirmés par la Cour constitutionnelle, attribuent 60 sièges à l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et 49 sièges au Bloc Républicain (BR). Le parti Les Démocrates, crédité de 16,14 % des suffrages, n’a pas franchi le seuil requis pour obtenir des élus.

    Cette assemblée compte 28 femmes sur 109 députés. Sur le plan politique, l’équilibre se joue donc à l’intérieur de la majorité, entre deux formations alliées, davantage que dans un rapport classique majorité-opposition.

    Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji, a toutefois évoqué la présence de six députés démissionnaires de Les Démocrates, élus sur des listes de la mouvance, comme élément de diversité de sensibilités au sein de la nouvelle mandature.

    Le Règlement intérieur comme boussole des débats

    Pour éviter que l’organisation ne se transforme en bras de fer improvisé, la séance s’appuie sur le Règlement intérieur, la norme de référence qui encadre la structure, la conduite des séances et la constitution des groupes.

    Selon ces règles, un groupe parlementaire doit rassembler au moins 10 % de l’effectif total des députés — soit au moins 11 élus — hors apparentés. Les groupes se constituent par déclaration remise à la Présidence ; le président réunit ensuite leurs représentants, notamment pour organiser, entre autres, la répartition dans la salle de séance.

    Le texte interdit aussi des groupes formés pour la défense d’intérêts particuliers — locaux, professionnels — ou fondés sur l’idée d’un mandat impératif. En arrière-plan, cette règle vise à préserver un Parlement où l’élu délibère au nom de la Nation, et non comme délégué lié par consigne.

    Des règles retouchées en 2025, un cadre encore scruté

    La plénière d’aujourd’hui se déroule dans un cadre que la 9e législature a retouché le 8 juillet 2025, via la résolution n° 2025-02, adoptée sous la présidence de Louis Gbèhounou Vlavonou en présence du ministre de la Justice Yvon Détchénou.

    Ces modifications ont notamment clarifié :

    • l’ancrage des sessions d’installation et la période d’installation des députés ;
    • la cérémonie d’investiture du président de l’Assemblée ;
    • la nature de certains actes non législatifs ;
    • des dispositions sur des lois organiques (dont HAAC et CES) ;
    • les conditions de renonciation ou de démission des députés ;
    • les modes de votation et des corrections matérielles.

    Les propositions visant à augmenter le nombre de membres du Bureau et des commissions permanentes n’ont pas été adoptées. Et un point précis — l’article 133 de la résolution — a été jugé contraire à la Constitution, tandis que les autres dispositions ont été déclarées conformes.

    Commissions permanentes : le cœur discret où se joue l’efficacité

    Si la séance plénière attire l’attention, les commissions permanentes restent l’atelier où la plupart des décisions prennent forme. C’est là que les textes se décortiquent, que les auditions se tiennent et que les amendements se construisent, souvent loin des projecteurs.

    Dans une Assemblée dominée par la mouvance présidentielle, le défi devient double : maintenir une discipline de majorité sans étouffer la discussion interne, et garantir un minimum de contrôle parlementaire sur l’action publique. Les règles rappellent d’ailleurs que l’institution ne vote pas seulement les lois : elle participe, entre autres, à la vie constitutionnelle du pays, et examine aussi des éléments de contrôle et de gestion interne via des rapports.

    Un début de mandature placé sous le signe des défis

    Lors de son élection à la tête de l’Assemblée le 8 février, Joseph Djogbénou a évoqué un contexte de grands défis nationaux, régionaux et internationaux. La séance du 13 mars constitue, dans cette perspective, un passage obligé : avant de prétendre répondre aux urgences, l’Assemblée doit d’abord se doter d’une mécanique institutionnelle stable.

    Avec une majorité écrasante et une durée de mandat inédite, la 10e législature s’engage sur une route longue. La plénière d’aujourd’hui ne dira pas encore quelles lois marqueront la période. Mais elle fixera une donnée durable : la manière dont le Parlement travaillera, arbitrera et contrôlera, dans un hémicycle où le pluralisme s’exprimera surtout entre alliés.

    Lire nos autres publications

    Consultez d'autres articles de cette catégorie :

    Articles les plus lus