Agbangnizoun, Pobè — Romuald Wadagni a porté sa campagne au cœur des champs du Centre-Bénin le 2 avril 2026, promettant aux agriculteurs une agriculture structurée et une dignité sociale renforcée. Face à des paysans qui réclament surtout des solutions concrètes — mécanisation, intrants, débouchés — le candidat à la présidentielle du 12 avril a déroulé un engagement central : faire du métier d’agriculteur une activité rentable, capable d’attirer les jeunes et de stabiliser les revenus ruraux.
Cette étape, menée entre Agbangnizoun (Zou) et Pobè (Plateau), s’inscrit dans une campagne officielle ouverte le 27 mars et qui se termine le 10 avril à minuit, sous l’arbitrage de la CENA, pour près de 7,9 millions d’électeurs. Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances, se présente aux côtés de Mariam Chabi Talata avec un slogan, « Plus Loin, Ensemble », et une promesse : transformer des indicateurs macroéconomiques en gains visibles « au marché de brousse » et dans les hameaux.
Une tournée au Centre pour toucher la réalité des campagnes
Après un lancement de campagne dans le Nord, démarré dans l’Alibori (Kandi, Banikoara, Segbana), Wadagni a choisi le Centre pour parler au contact direct de ceux qui portent l’économie agricole. Son équipe décrit une méthode d’« écoute » avant les promesses, mais le message présenté le 2 avril reste net : l’État doit organiser la chaîne agricole, du champ à la vente, afin de réduire la pénibilité du travail et d’augmenter les revenus.
Le candidat a résumé l’objectif en une formule, l’une des rares citations publiques rapportées lors de la tournée : « L’idée est de faire en sorte que le paysan gagne tellement d’argent que le métier de producteur d’exploitant agricole soit le premier métier attractif pour nos jeunes ».
Mécaniser, irriguer, fournir des semences: la promesse d’une agriculture moins pénible
Auprès des paysans, Wadagni a mis l’accent sur la mécanisation intensive, présentée comme un levier immédiat pour alléger la charge de travail et améliorer les rendements. Comme une charpente qui doit soutenir toute la maison, la mécanisation, selon son argumentaire, doit servir de base à une modernisation plus large : semer mieux, produire plus régulièrement, et sécuriser la récolte face aux aléas.
Son discours a aussi insisté sur :
- un accès élargi à des semences de qualité et à des intrants améliorés;
- le développement de l’irrigation, afin de limiter la dépendance à la pluie;
- un meilleur accès aux marchés pour l’écoulement des produits, afin d’éviter que la production ne se transforme en stocks invendus.
Des mesures ciblées: Savè, l’Okpara et les maillons manquants
Au-delà des orientations générales, Wadagni a évoqué plusieurs mesures spécifiques, symboliques pour les producteurs et les commerçants ruraux. Il a notamment cité la réouverture de la Société sucrière de Savè et la reconstruction du pont de l’Okpara, deux dossiers que son camp associe à la relance des activités agricoles et commerciales.
Dans son récit, ces chantiers ne relèvent pas seulement du béton et des machines : ils doivent raccorder les zones de production aux circuits de transformation et aux points de vente, comme on rétablit une route d’approvisionnement qui évite aux récoltes de se perdre en chemin.
La « dignité sociale » comme promesse politique: protection et revenus
Wadagni a lié la performance agricole à une idée plus large de dignité sociale. Son programme met en avant une protection sociale des acteurs ruraux, avec l’ambition d’un fonds de prévoyance couvrant la retraite de certains travailleurs agricoles, des éleveurs et des femmes des marchés, ainsi qu’un élargissement du crédit pour les petits producteurs.
Le candidat affirme aussi vouloir prioriser des dépenses publiques dans les zones rurales, notamment pour l’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation. Ce paquet social, selon sa logique, vise à stabiliser les ménages agricoles et à réduire le risque que la pauvreté rurale neutralise les gains de productivité.
Transformer sur place: l’agriculture arrimée à l’industrie
Le projet défendu s’appuie sur une modernisation agricole connectée à l’industrialisation. Wadagni plaide pour des unités de transformation locales (notamment autour du coton et du soja) et pour des pôles régionaux dotés de « packs industriels » destinés à rapprocher les plantations des usines. L’objectif affiché consiste à créer des emplois et de la valeur ajoutée sur le territoire, plutôt que d’exporter principalement des matières premières.
Son équipe s’appuie sur un constat structurel : le pays compte environ 3 millions de producteurs agricoles, et une grande partie vit dans la pauvreté. L’enjeu, martelé pendant la tournée, consiste à faire de la croissance un phénomène palpable — pas seulement un chiffre, mais un revenu, un pont franchissable, un marché accessible.
Le pari de la continuité: des chiffres macroéconomiques aux marchés ruraux
Wadagni revendique une continuité avec les réformes engagées depuis 2016, période durant laquelle la croissance serait passée de 1,8 % en 2015 à près de 8 % aujourd’hui, portée, selon son camp, par une agriculture mieux organisée et des rendements en hausse. La promesse de campagne consiste désormais à territorialiser davantage ce mouvement, afin d’éviter que la prospérité ne se concentre dans les villes.
Dans cet affrontement présidentiel, où il fait face à d’autres candidats dont Paul Hounkpè et Judicaël Hounwanou, le candidat cherche à se positionner sur un terrain déterminant: la campagne profonde. Sa tournée du 2 avril, au Centre, a ainsi voulu donner un signal simple aux producteurs : la prochaine étape, si elle arrive, ne se mesurera pas seulement en points de croissance, mais en prix de vente, en coûts de production et en conditions de vie dans les ménages agricoles.